Une volontaire de Lviv découvre dans les amitiés le sens de l’urgence humanitaire.

Lorsque l’an dernier j’ai annoncé que je partais en « mission humanitaire » en Ukraine quelqu’un m’a écrit un mail dans lequel il disait que j’utilisais ce terme mal à propos. En effet, selon cette personne on ne pouvait parler de « mission humanitaire » que lorsqu’il y avait « urgence ». J’avais été un peu agacée par ce mail mais n’avais pas voulu le faire savoir. Puis, je me suis posé la question : « Et si c’était vrai? Et si parler de mission humanitaire n’était pas légitime? Mais alors quel terme utiliser ? ». Cela trottait dans ma tête et faisait naître un tas de questionnements. Fallait-il donc attendre une catastrophe naturelle, humaine ou nucléaire, un tsunami, une famine, une guerre pour parler d’urgence ? J’ai donc décidé de chercher la définition du mot humanitaire dans le Larousse et celle-ci a confirmé ce que je pensais : « Qui s’intéresse au bien de l’humanité, qui cherche à améliorer la condition de l’homme. » Ensuite, je suis arrivée à Lviv avec ces questions dans mes bagages et l’envie d’y répondre à travers nos apostolats, en y trouvant le véritable sens de l’humanitaire. Aujourd’hui, je peux répondre en toute franchise que oui, je suis en train de vivre cette incroyable expérience qu’est une mission humanitaire. Oui, selon moi quand un enfant n’a personne pour se soucier de lui, qu’il en oublie son âge, il y a urgence ; quand des SDF n’ont pas les mêmes droits que les autres en raison de leur situation, il y a urgence ; quand des personnes âgées sont seules ou sans famille, condamnées à mendier et à fouiller dans les poubelles pour survivre, il y a urgence ; quand l’alcool et la drogue détruisent des vies et des familles, il y a urgence ; quand des enfants orphelins sont placés pour être adoptés dans des familles et que celles-ci les ramènent à l’orphelinat comme s’il s’agissait d’objets défectueux parce qu’ils ne sont pas sages, il y a urgence ; quand on refuse à une mère une place à l’hôpital pour son fils toxicomane parce qu’elle n’est pas assez riche pour payer les soins, il y a urgence ; quand des personnes dorment dehors sous des températures inférieures à 0, il y a urgence ; quand une jeune fille songe à se suicider parce que sa mère lui répète sans cesse qu’elle n’est pas belle et qu’elle est une bonne à rien, il y a urgence ; quand des enfants pensent qu’ils sont idiots parce que leurs professeurs et camarades ne cessent de leur rabâcher qu’ils ne sont pas doués, pas aptes à parler, dessiner, apprendre, il y a urgence. Il y a urgence dans les larmes d’un enfant autant que dans celles d’un vieil aveugle ; il y a urgence dans le cri déchirant d’une personne handicapée et dans celui d’une alcoolique. Ma mission n’est pas devenue « humanitaire » avec les événements de Maidan. L’urgence était déjà là. Avec la révolution, elle s’est multipliée et ne cesse de s’accroître. Car l’urgence est partout : j’ai vu l’urgence dans les rues de Londres, dans celles de Paris comme dans celles de Lviv.

SM