Marianne évoque un de ces visages qui habitent plus particulièrement le coeur des volontaires qui fait fondre de tendresse et provoque tant de gestes de compassion.

C’est bien le cas pour Yay Niang. Très certainement parce que sa tendresse pour chacune de « ses filles Points-Cœur » est grande. La vie l’a beaucoup éprouvée, et elle me disait un jour : « Tout était dur, il fallait toujours travailler et être plus fatiguée ».

Maintenant bien âgée, elle ne travaille plus mais les souffrances n’ont pas cessé pour autant. Depuis que je la connais, elle a toujours eu des difficultés à se déplacer mais pouvait encore le faire au moins dans sa maison, jusqu’en juin dernier où elle a eu un AVC. Après quelques jours à l’hôpital, elle est rentrée chez elle, ne pouvant plus marcher, ni se nourrir seule, et ayant de grandes difficultés d’élocution. Elle que nous avions toujours vu avec le sourire et pleine d’humour, passe par des moments difficiles de grande tristesse. Nous avons essayé d’être le plus présentes possible, la nourrissant, la baignant (sinon elle n’était jamais lavée), et surtout passant de longs moments avec elle, penchées au plus près de son visage pour essayer de saisir les mots qu’elle nous disait.

Tout récemment, il y a eu deux beaux évènements pour elle.

Le premier fut la visite de John, médecin, volontaire australien, qui vient de s’établir dans notre quartier avec sa petite famille. Aussitôt informées de son arrivée, nous lui avons demandé de visiter Yay Niang. Il ne put pas faire beaucoup en terme de traitement médical mais il put lui expliquer ! Et elle, lui poser des questions. En effet, jusqu’à ce jour, tout le monde, y compris sa fille, était persuadé qu’elle ne marchait pas parce qu’elle ne faisait pas d’efforts (!). A la fin de cette longue visite, je lui ai proposé de donner un nom thaï au docteur (elle aime beaucoup faire cela pour nos visiteurs). Pleine d’humour, elle a dit : « Docteur Ange ! ».

Lors de cette visite, « Docteur Ange » avait suggéré qu’elle sorte un peu de chez elle en chaise roulante. Restait à réaliser cela… Puis, un jour, Yay Niang me dit : « J’ai rêvé que je sortais de la maison et marchais dans la rue ». Le dimanche d’après, des amis polonais venaient nous visiter. Tomasz et Mateo acceptent avec joie de nous aider à porter et installer Yay dans une chaise roulante et l’amener jusqu’à chez nous ! Quelle émotion de la voir sortir de chez elle, regarder le ciel, toucher un chien qui passe, de la voir entrer dans notre maison : aujourd’hui, c’est elle qui vient nous visiter !