Adrien, tout juste arrivé au Point-Coeur de la Ensenada, apprend que la beauté peut être ailleurs que dans les vieilles pierres ou les allées de platanes provençales qu’il a toujours connues.

« Heureux ceux qui ne rêvent plus d’un autrement ou d’un ailleurs, et se mettent à pousser de vraies racines. Alors seulement, ils portent du fruit. » (Livre de Vie de Jérusalem)

Il y a longtemps que cette phrase me trotte dans la tête et elle prend réellement sens dans l’engagement avec Points-Cœur aujourd’hui. Le changement de décor de ma vie est radical : je ne parle plus la même langue, je vis dans un quartier des plus simples et poussiéreux, je n’ai plus mes repères…

En visitant Abuela Rosa et son mari Victor (respectivement quatre-vingt dix et soixante-quatorze ans), une question jaillit en moi : que suis-je venu chercher ici ? En fait, pourquoi être parti de mon petit confort, de ma petite ville bourgeoise d’Aix pour vivre ici dans la poussière ? Avant de partir, et j’ai pu le partager avec beaucoup d’entre vous, j’avais cette certitude au fond de moi que mon lieu et ma place était dans cette mission, à la Ensenada. Mon arrivée à la Ensenada n’a pas été aussi évidente. C’est l’inconfort, le mal être qui dominent.

J’ai été envoyé par Dieu, par l’Eglise pour une raison précise, pour me faire comprendre quelque chose de son grand Mystère. Ce mystère se résume en un mot : la Rencontre.

Alors mon regard se pose sur ce couple de cinquante années de vie commune. Ils vivent dans des conditions insalubres et l’Abuela Rosa est clouée au lit depuis plus de vingt ans. Et ce n’est pas un lit médicalisé… Mais finalement ce qui me touche le plus c’est son mari qui la contemple avec le même émerveillement que lors de leur première rencontre. A priori, l’Abuela est vieille, laide, sale, presque aveugle… Mais pourtant, elle est l’objet de l’émerveillement de son mari ! Quel paradoxe ! Quelle beauté ! Comment cet homme peut-il s’émerveiller de cette façon devant son épouse ? Le mystère que je contemple est bien celui de l’amour qui les unit depuis toutes ces années.

Ainsi n’est-ce pas à cette attitude d’émerveillement continuel que je suis appelé à être enfanté ici, dans cette mission ? Contemplation de la beauté de l’Abuela comme de tant d’autres amis du quartier. Alors ce sont déjà les visages des enfants qui m’ont accueillis par un : « Te queremos Adrian » (Nous t’aimons Adrien). Que de découvertes à travers tous ces visages qui me seront offerts durant toute cette mission sur cette terre qui m’accueille. Ce voyage est plein de surprises et de rencontres qui, à n’en pas douter, bouleverseront ma vie.