Erika, volontaire hongroise au Chili, nous fait le récit d’une amitié qui ouvre les portes d’une nouvelle vie.

Je voudrais aussi vous présenter un autre grand ami du Point-Cœur qui m’a beaucoup impressionné depuis que je l’ai rencontré : Pedro. Depuis quelques mois, il nous rend visite chaque dimanche soir. A trente-trois ans, il a passé près de la moitié de sa vie en prison. L’autre moitié de sa vie se résume à des passages douloureux dans diverses institutions (orphelinats, prison juvénile) ou simplement dans la rue. Pedro qui avec ses poings possède une réputation respectée à la prison, se transforme en vrai petit enfant chaque fois qu’il entre au Point-Cœur. Comme il le dit si bien, c’est le seul endroit où il peut être lui-même car il n’y a ni jugement ni critique. Chaque semaine, il nous raconte une partie de sa vie sans méfiance car il a une grande confiance en nous.

Plusieurs fois, il nous a parlé de son enfance très difficile et douloureuse. Je me suis souvent demandée comment il tient encore sur ces deux jambes aujourd’hui…  Jusqu’à ses premiers séjours en prison, Pedro vivait avec son frère, légèrement handicapé, dans différents foyers pour enfants. À cause des mauvais traitements, il s’est souvent enfui dans la rue car la famille de Pedro ne savait tout simplement pas ce que cela signifiait. Cette enfance lui a permis de connaître le monde que beaucoup d’enfants à son âge n’imaginent même pas ! C’est cette liberté qui l’a bien vite poussé à la périphérie de la société et l’a forcé à vivre dans des conditions bien difficiles : quand il avait trop faim, Pedro était souvent réduit à fouiller les poubelles… Bien vite devenu chef de son petit groupe d’amis, il a commencé à consommer de l’alcool, drogue et pour vivre, simplement voler. Quand il a commencé à parler de sa mère, j’ai vu son visage se transformer derrière une immense douleur : « J’avais onze ans quand j’ai rencontré pour la première fois ma mère. A cet âge, j’avais déjà fumé et ma mère au lieu de me forcer à arrêter me donnait du feu… ». Après de telles paroles, je n’ai pu m’empêcher de voir des larmes invisibles au fond de lui. C’est face à ces situations inhumaines et tellement difficiles à vivre que nous sentons toute notre impuissance…

Après avoir passé une année avec sa mère, Pedro a décidé de retourner dans la rue où il a continué sa vie de vagabondages. L’argent facile pour Pedro était très attirant même s’il comprenait la dangerosité derrière cette idée. Aujourd’hui, Pedro termine une peine de quinze ans de prison et depuis quelque temps bénéficie de plus de liberté dans le CET (centre d’éducation et de travail), un programme de réhabilitation. Ce changement lui permet plus de liberté et il vient donc nous voir régulièrement à la maison. Notre accueil lui est beaucoup plus important que ce que je pensais au début.

Cette visite au Point-Cœur lui donne le courage de rentrer à la prison pour la semaine. Il nous parle souvent de la corruption, de la violence et de l’injustice qui règnent dans le monde carcéral. Chaque jour, il doit lutter pour survivre, car derrière les murs, la prison se transforme en champ de bataille pour chacun… Si Pedro est toujours vivant aujourd’hui, c’est un vrai miracle qu’il doit seulement à Dieu. Durant ces quinze ans de prison, il a perdu tous ces amis (tous victimes des guerres de gangs à l’intérieur). C’est pour cette raison qu’il est surnommé le « Dernier des Mohicans ».  Aujourd’hui, son bon comportement lui vaut plus de liberté ce qui lui donne un peu plus d’espérance pour construire son futur.

Chaque fois que je vois Pedro sur sa moto, son grand corps musclé rempli de tatouages, je ne peux m’empêcher de voir un petit enfant caché, très sensible. Je ne peux m’empêcher également de rendre grâce à Dieu pour une aussi belle amitié avec Points-Cœur. Quand nous le voyons à la prison, il est toujours très fier de se considérer comme notre ami. Son grand rêve est de nous rendre un jour visite en Europe. Personnellement, je remercie beaucoup Pedro pour sa fidélité et pour m’avoir aidé à comprendre le rôle de Points-Cœur auprès des tout-petits.