P. Jean-Marie nous offre le regard de son coeur de prêtre sur les saints cachés de sa paroisse d’Afragola.

« On m’a dit que le boss a été vu dans ton église, du coup j’ai demandé à ma femme de te faire venir. » C’est l’accueil de Geraldo par une soirée pluvieuse dans une de ces arrière-cours afragolaises auxquelles seul l’été réussi à donner un petit air de fête. Incarcéré à domicile depuis quelques années, après un temps très dur à la prison centrale de Naples, il a la mine sombre et détourne compulsivement les yeux vers l’écran de la caméra de surveillance suspendue dans son hall d’entrée. « Dieu pourra-t-il jamais me pardonner ce que j’ai fait ? » répète-t-il avant de demander à se confesser. La toute première fois depuis sa première communion. Plongé depuis son adolescence dans le circuit des sales affaires, il a été soudain saisi à la gorge par le mal être, et de savoir qu’un des grands malfrats de la ville a fait le pas inattendu de participer à la fête de la Madone du Rosaire, l’a fait soudain chercher Dieu activement. A mon départ : « Mais ça ne te dégoûte pas de venir me visiter ? Tu reviendras ? »

Anna et Salvatore sont un couple d’amis de longue date, la quarantaine, qui sont passés par des ennuis sans fin depuis leur mariage. Les enfants ne viennent pas, la grisaille s’installe, puis de graves problèmes financiers qui leur font attendre chaque fin de mois avec angoisse. Lors de la fête de la paroisse, nous parlions chez eux de l’irruption surprenante de ce boss, amené apparemment à la foi par sa femme. Anna cuisine silencieusement. Salvatore dit soudain : « Tu sais, ce type, il a pas mal à voir avec Anna et sa famille. » Et elle, occupée à couper des courgettes : « Oui, neuf ans avec cette dette comme une meule autour du cou. Il s’est fait construire une villa en Calabre par l’entreprise de mon père, sous un nom d’emprunt, n’a jamais payé, et nous a fait faire faillite. Neuf ans que nous remboursons nos dettes aux fournisseurs. » Puis, tournant vers nous un visage paisible : « Je suis contente qu’il fasse ce chemin de conversion. J’espère que c’est authentique, qu’il ira jusqu’au bout. »

Si je devais donc donner quelques caractéristiques de la grandeur d’un peuple, je citerai au moins celles-ci : la foi en l’action providentielle de Dieu, retenu capable de changer les cœurs pour de vrai ; l’extraordinaire personnalité des enfants, assurés depuis leur berceau d’être un cadeau de Dieu pour le monde ; enfin la conscience du bien et du mal, la capacité de pénitence qui porte à la recherche concrète de la miséricorde.