Nous terminons aujourd’hui le cycle traditionnel des Posadas ; et cette année, plutôt que de courir de maison en maison, nous avions décidé de n’en choisir que quelques-unes, qui nous paraissaient avoir le plus besoin de la visite de l’Enfant Jésus. Cela nous a valu quelques beaux moments, et même certains assez forts. Dans chaque maison où nous sommes accueillis, la tradition est de commencer par lire un petit passage de l’Evangile, puis de donner deux ou trois mots de méditation. Cette année, j’ai eu beau tenter de fuir par tous les côtés, pas une fois je n’ai pu échapper à cet exercice ! Je vous entends dire : « Bon, allez, tu le fais certainement très bien ! » C’est que la question n’est pas tant de le faire bien ou pas bien, la question est de devoir dire quelque chose là où humainement il vaudrait mieux se taire.

Dans la maison de Marta qui vient de donner naissance à deux petites jumelles toutes mignones, il est finalement facile de parler de la longue route de Joseph et Marie sur les chemins de Palestine et de leur quête d’un foyer dans Bethléem ; tout le monde partage spontanément la joie des bergers à l’annonce des anges, ou celle des mages à la réapparition de l’étoile. Mais chez Don Reynaldo, qui se meurt d’un cancer et déjà ne se lève plus, que vais-je dire de Noël ? Et à Doña Lourdes, qui étouffe d’asthme ? Et à Jackie, coincée dans la rue devant chez elle, expulsée de sa barraque par sa fille qui refuse de l’y voir ; elle qui se réjouissait tellement de recevoir la Posada…

Alors pour mes vœux, cette fois-ci, j’irai à ce qui me semble l’essentiel. Noël, c’est la naissance de l’Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». Celui qui est là. Qui se fait Présence. Etrange… Il ne transforme pas la boue en or : il vient dans la boue. Il n’efface pas la souffrance et l’absurde et la mort : il vient les partager, les vivre, les habiter. Pourquoi donc ? Il se fait le plus proche possible de nous – petit, dépendant, limité, mortel… – pour que se réveille en nous le besoin, la nostalgie, le désir de sa Présence. Que nous devenions « Nous-avec-Lui ».

Nous attendons toujours comme salut des solutions ; il nous est proposé comme salut une rencontre, une présence mutuelle. Cela ne nous suffit souvent pas – moi le premier -, tout simplement parce que nous n’aimons pas, nous ne vivons pas au niveau de l’amour. Mais Don Reynaldo, lui, ne cessait de nous remercier : « Vous m’avez fait pleurer, en chantant les Villancicos, merci, merci… » ; et l’action de grâce de Mariela, sa petite-fille de 16 ans qui vit avec lui, était pour remercier aussi, les larmes aux yeux, pour l’amitié fidèle reçue du Point-Cœur, année après année, et si précieuse aujourd’hui dans ces épreuves où elle doit accompagner ses grands-parents…

Nicolas