Mais notre formation au Chili ne peut se réduire à ce que nous avons appris et découvert sur les bancs de notre faculté. Comme l’a justement dit Guillaume (doyen des séminaristes de la maison, colloc durant ces deux ans et néanmoins ami), à nos amis, lors de la messe de « despedida » précédent notre départ du Chili : « Si nous avons à l’université un certain nombre de professeurs bardés de diplômes, vous avez aussi été nos professeurs », des professeurs peut-être même plus importants, des professeurs en humanité. Après ces deux années au Chili, je me rends bien compte à quel point la formation que nous avons reçue est intégrale, concerne toute notre humanité : formation de l’intelligence en cours et à la maison, formation spirituelle dans le vie quotidienne et la prière personnelle, formation domestique (et oui, j’ai aussi fait des progrès en cuisine, plomberie et ménage !), et surtout formation du cœur, avec les excellents professeurs que sont nos amis : l’accueil, l’attention aux petites choses, le dévouement, la simplicité, la présence, la foi aussi. Autant de choses où les amis de notre quartier et de Santiago ont été des « maîtres » pour nous.

J’ai eu aussi bien des professeurs d’accueil comme Jaime et Paolina (nous accueillant, quelle que soit l’heure de notre arrivée à l’improviste, comme si cela était parfaitement prévu) ; des professeurs de générosité comme nos amis de la « bouteillerie » qui insistaient toujours pour offrir une bière ou un soda aux « padrecitos » (les petits pères) chaque fois que nous passions devant chez eux ; des professeurs de fidélité comme Orfelina partant chaque semaine visiter les malades du quartier ; des professeurs de spontanéité comme Pancho et Séba venant sonner à n’importe quelle heure de l’après-midi pour venir faire un foot avec eux (allez expliquer à un enfant de dix ans que vous ne pouvez pas aller jouer parce que vous devez étudier la philosophie… pas facile !)

A la fin de la messe de despedida que nous avons célébrée dans la rue avec près de deux cent amis de notre quartier, de l’université, de la paroisse française, de Santiago… en voyant tous ces visages amis, je réalisais aussi à quel point les personnes qui nous sont données contribuent à notre vocation. Celle-ci est évidemment un lien particulier entre Dieu et celui qui est appelé ; mais ce n’est pas un lien abstrait, définitif, immobile : ce lien grandit, se construit, se fortifie, prend une certaine couleur à travers les personnes qui sont mises sur notre chemin, couleur qui révèle que chaque vocation est unique, chaque ami est une pierre à l’édifice de nos vies !

Jean D.