Ce soir de décembre, nous rentrons d’une belle soirée, où nous ont invités des amis. Soudain, notre voiture s’arrête. Une jeune fille est là, sur le bord de la route. Elle fait du stop. Elle a l’air bien jeune, et la nuit est bien noire. Il est tard. Elle monte à l’arrière. « Tu es peut-être un peu surprise de voir des personnes consacrées, cela ne te paraît pas trop bizarre ? ». « Ben si, carrément, c’est un peu flippant ». Je la rassure en lui disant que nous sommes des personnes normales ! Puis elle se tourne vers moi : « Mais tu as quel âge ? ». Elle a 17 ans, et pensait que nous avions le même âge. Ses pupilles sont toutes petites, je vois qu’elle s’est droguée. « Tu es vraiment une sœur ? ». Son cœur est rempli de questions. Nous arrivons à Pignans, où nous avons laissé notre voiture, je lui propose de la ramener jusque chez elle, un village voisin, car sûrement sa mère est en train de s’inquiéter. « Elle ne s’inquiète plus, je lui en ai tellement fait voir de toutes les couleurs. » J’apprends que cette jeune demoiselle traîne avec une bande de garçons, et qu’ensemble, ils ont fait plusieurs casses et vols et sont trempés dans des trafics de drogue. C’est impressionnant de voir avec quelle facilité elle raconte ses mésaventures. Et ce qui est plus impressionnant encore, c’est de voir, cachée sous tout cela, une quête immense : « Comment tu as décidé de devenir sœur ? », « Est-ce que tu vis dans une église ? »… Nous parlons un petit moment, le temps du voyage. Elle s’appelle Maëva. Je la dépose devant chez elle. « Au-revoir Maëva. » Puis, après avoir hésité, je dis, doucement, « Ne fais pas trop de bêtises quand même. Et puis surtout, n’oublie pas de suivre ton cœur. » Elle relève la tête, avec une expression de surprise, étonnée, comme si elle n’avait jamais pensé à cela, puis répond : « Oui, c’est vrai. »

Je la vois s’éloigner et je prends le chemin du retour. Je rentre à la maison, et me revient une chanson de Zaz, « Eblouie par la nuit », que j’ai toujours beaucoup aimée, parce qu’elle me semblait se faire l’écho du cri de beaucoup de personnes, de beaucoup de jeunes, perdus dans la nuit, et de mon propre cri aussi parfois. Et je pense : « Qui n’attend pas quelqu’un ? »

Noël nous annonce qu’il n’y a qu’une liberté vraiment humaine, vraiment libre : celle des pauvres, celle des petits, celles des pêcheurs, des perdus, des égarés qui désirent le salut…

Sr Aurélie C.