Alors que nous allions à la messe vers 7h00 du matin, juste avant d’arriver à l’église, des passants nous interpellent : « Regardez ! Votre amie est décédée ! ». Nous voyons la pauvre Logou Ma étendue par terre sur le côté de la route, sans vie. Elle s’en est allée en douceur pendant la nuit, alors que les voisins l’avaient vue la veille au soir en bonne santé. Elle qui a passé tant d’années dans la rue sur ce même trottoir, vivant dans son monde imaginaire, souvent en colère contre tout le monde sans raison, parlant toute seule ou à ses amis les chiens des rues qui restaient auprès d’elle, elle est partie comme elle a vécu toutes ces années : seule. Nous avons passé tellement de moments assis à côté d’elle, le matin après la messe, à partager un café au lait et quelques biscuits, et pourtant nous n’étions pas là dans ses derniers jours. Nous l’avions vue le jeudi matin avant de partir au Jardin de la Miséricorde, ce Jardin où nous l’avions accueillie quelques années auparavant et où elle était si heureuse. Sa nièce Vasougi qui habite juste à côté, était elle aussi partie à l’hôpital pour voir son fils handicapé qui devait subir une opération. En revenant de la messe, elle est rentrée et a pris soin de Logou Ma dont le corps était exposé devant l’entrée de l’immeuble afin que les parents et amis puissent venir prier et la voir une dernière fois. Pendant que Jean-Michel partait acheter un collier de fleurs pour le déposer sur son cercueil, j’accueillais Jéba et deux de ses amis venus nous rendre visite, des jeunes de dix-huit ans venant de Broadway, un autre quartier à quelques kilomètres. Ils ont gentiment accepté de prier avec nous pour Logou Ma mais le convoi funéraire était déjà parti vers le cimetière hindou. C’est là que nous avons rejoint les quelques membres de la famille réunis pour l’enterrement et que nous avons pu prier une dernière fois pour notre amie après avoir déposé le collier de fleurs. Comme les pauvres, elle fut enterrée et non brûlée comme le font la plupart des Hindous, mais son âme est partie rejoindre son Sauveur sans attendre.

Aymeric B.