Laura est une femme d’une quarantaine d’année. Un jour, elle m’a vu marcher près du terrain de football où se trouve sa maison. C’était un vendredi. Je me dirigeais alors dans sa direction mais je ne me rendais pas chez elle : j’allais en effet visiter Gracilda, sa voisine, qui venait de perdre son fils dans le trafic de drogues. En me voyant passer à quelques mètres de sa maison, elle entrouvre la porte et glisse : « Psiou, Padre, o senhor é Padre ? » (« Eh ! Père ! Vous êtes Père ? »). Je regarde vers la maison d’où vient la question et je m’approche : « Oui, je suis prêtre ». Aussitôt, elle ouvre la porte : « Pouvez-vous venir ? ».

Je rentre dans cette maison, se définissant plutôt comme « barraco » (baraque) que maison. C’est très pauvre ; les murs non achevés ont été mis à même la terre. Au milieu, il y a un canapé défoncé et la femme me fait signe de m’asseoir. Elle me dit s’appeler Laura et me raconte ensuite simplement : « Voilà Père, je suis évangéliste mais Dieu est Un n’est-ce pas ? Alors voilà, mercredi prochain, j’ai une opération et j’ai peur, j’ai peur de ne pas me réveiller, et je voudrais que vous fassiez quelque chose pour moi. Je voudrais recevoir la confession, recevoir le pardon ». M’ayant avoué ne pas appartenir à l’Église Catholique, je lui demande le nom de son Église pour simplement vérifier si elle est chrétienne, si elle a bien été baptisée au nom de la Trinité, si elle croit au Fils, à la vie éternelle… Puis, me souvenant de mes cours de Droit canon, je lui dis : « Si vous croyez en la force de ce sacrement, je vous l’accorde — Oui, Padre, je crois que c’est le pardon de Dieu ».

Et je reçois sa confession. C’est assez difficile car comme pour toute personne qui ne se confesse pas régulièrement, il est dur de le faire ainsi, de rechercher ses fautes. Comme le propre du péché c’est d’aveugler, alors moins l’on se confesse, et plus c’est dur de trouver ce qui a détruit la relation avec Dieu. Je lis une certaine peur sur son visage et en même une paix fragile commence à la gagner. À la fin, elle semble soulagée et me dit : « Obrigada ». Je sens que j’ai fini ma mission et que je dois me retirer. Je la quitte en lui disant que je repasserai plus tard prendre de ses nouvelles.

La semaine suivante (je ne me souviens plus de la raison), j’oublie de passer chez elle. Une autre semaine s’écoule et je passe la voir. Je toque à la porte mais personne ne répond. La voisine me regarde et me dit : « Pas la peine Padre… Vous ne saviez pas ? Laura est morte lors de son opération ».

Comme quoi, la Providence nous guide au moment opportun. Je pense que c’est une grande grâce que Dieu donne à certaines personnes de « sentir » le moment où il va réclamer leur âme ; je pense aussi que c’est une belle mission que celle de Points-Cœur, celle de visiter les personnes chez elles, d’être ainsi « visible » et « disponible ».

P. Arnaud