Sergio est surnommé Verdura (légume) car il en vend dans le quartier mais est aussi connu pour se droguer et voler. Il est le papa des jumeaux Sergio et Antonia et d’Agustina. Nous le croisons souvent dans la rue mais les conversations ne vont jamais très loin. Étant souvent drogué, il nous répond alors par des « pue pue » qui ne veulent rien dire. Pourtant, un jour, sans y croire, un petit miracle s’est produit. Nous revenions de la maison d’une amie et il était près de 23h00. Sergio était dehors, assis sur une chaise. Je le salue comme toujours et lui demande comment il va… et d’un coup, changement de situation, Sergio nous ouvre son cœur pour la première fois. Il nous dit qu’il ne va pas très bien et nous en raconte un peu plus sur lui. Sergio a fait beaucoup de bêtises et a passé plusieurs années en prison. Il a toujours été le mouton noir de sa famille qui travaille dur. Lui, en revanche, préfère suivre sa liberté et se fait consumer par cette satanée drogue.

Sergio est si triste ; triste de ne pouvoir rendre ses parents fiers, comme toute personne le souhaiterait ; triste de ne pas bien s’occuper de ses enfants et de sa famille ; triste de ne pas pouvoir donner l’affection qu’il souhaiterait à ses enfants, ne voulant pas trop s’approcher d’eux (ayant peur qu’ils suivent son mauvais exemple et finissent comme lui, mais surtout ayant peur d’être violent quand il est sous l’emprise de la drogue). Le plus frappant ce soir-là, ce fut la marque d’amitié qu’il nous témoigna à la fin de la discussion. Ce fut un grand cadeau et aussi un petit « clin Dieu ». « Heureusement que vous êtes là », dit-il, « j’ai tant de respect pour vous, pour ce que vous faites dans le quartier. Merci, merci pour tout ce que vous faites pour nos enfants, pour vous en occuper et surtout pour leur donner l’affection et l’attention dont ils ont tant besoin. Mes enfants n’ont qu’un mot à la bouche à la maison « Punto Corazón, Punto Corazón ! ». Ils vous aiment tant ! Faites bien attention à vous ici,  j’ai tant de respect pour vous ! ». Comment ne pas rester sans voix après cette ribambelle de mots plus touchants les uns que les autres ?! Et le plus beau dans l’histoire, c’est que jamais je n’aurais pensé que Sergio eût autant d’estime pour Points-Cœur, ou du moins, qu’il puisse se rendre compte de l’amitié que l’on partage avec ses enfants… comme quoi rien n’est impossible pour Dieu !

Hortense – Chili