Ernesto a bientôt quarante ans. C’est un homme qui a la tuberculose depuis des années, il est maigre, souffre beaucoup, a les os déformés. Les gens du quartier, famille incluse, l’appellent « le Muet » plutôt que par son prénom, car effectivement il ne parle pas. Ernesto vient chez nous plusieurs fois par jours, notamment pour le chapelet. L’amitié du Point-Cœur a véritablement commencé un jour alors qu’il était chez nous et qu’il a fait une crise telle que nous avons pensé qu’il allait mourir. Nous sommes allés chercher des membres de sa famille afin qu’ils nous disent ce que nous devions faire en cas de crise : il n’y avait chez lui que des ados et des enfants qui ont rigolé, en disant que ça lui arrivait souvent et qu’il allait mourir comme ça. Martin l’a porté jusqu’au dispensaire où ils ont pu s’occuper de lui. Depuis ce jour-là, Ernesto est très présent chez nous. Il sonne, on lui ouvre, il s’assied. On lui sert un verre d’eau et il reste avec nous. Il se sent dans une maison amie dans laquelle il est accueilli. L’autre jour, il est arrivé avec son déjeuner et s’est installé à table avec nous, très simplement. Une autre fois, il est passé pour nous montrer qu’il avait de nouveaux médicaments. Parfois, il arrive chez nous alors que nous sommes en train de faire autre chose et que « ce n’est pas le bon moment ». Sa venue nous rappelle toujours que nos amis du quartier sont notre priorité. Ernesto frappe à la porte pendant une réunion communautaire ? Nous sommes là. Ernesto sonne à 8h du matin un jour de repos ? Nous sommes là. Ce matin, c’est dans ces conditions là qu’il est arrivé. Je lui ai servi son verre d’eau, et il a entrepris de m’expliquer qu’il allait passer la journée à l’hôpital pour passer des examens. C’est par ces mille petites conversations très simples que la relation d’amitié et de confiance s’établit. Et plus nous connaissons Ernesto, plus il se montre souriant, plein d’humour et se révèle. Nous avons vraiment l’impression que cet homme qui vit sans doute les derniers mois de sa vie nous a été comme confié par le Bon Dieu et nous essayons chaque jour d’être présents pour lui.

Claire-Marie – Equateur