Ce n’est pas sans une grande émotion qu’après vingt heures de voyage, nous retrouvons enfin Stéphanie à l’aéroport de Tokyo. Et les quatorze mois de séparation s’effacent bien rapidement… Dire que le Japon est une destination que nous aurions choisie pour un voyage d’agrément serait inexact ! La distance, la langue, la culture différente, les tremblements de terre si fréquents ne nous engageaient pas à mettre ce pays dans la liste des contrées à visiter prioritairement. Nos «a priori» ont été bouleversés par ce que nous avons vécu pendant ces quinze jours : des gens attachants, gentils et attentionnés, cherchant à répondre à nos moindres besoins. Au cours de notre périple, nous avons eu la surprise de découvrir de nombreuses références à notre pays : culture, musique, écrivains, art culinaire, luxe, etc. Les références à la France sont saisissantes et pratiquement quotidiennes. Pour la première partie du séjour, nous avons été accueillis par la communauté du Point-Cœur de Sendai : Sylvie, Aurore, Bernard, Marie et leurs nombreux amis. Les sœurs avaient mis à notre disposition une petite maison traditionnelle japonaise. Un matin, nous avons été présentés à la communauté catholique au cours de la messe (tout en japonais !). Quels ne furent pas notre étonnement et notre amusement de voir toute l’assemblée (une cinquantaine de personnes dont une vingtaine de religieuses) riant à l’homélie du prêtre… nous qui pensions que les Japonais n’exprimaient pas leurs émotions !

Le programme organisé par Stéphanie et la communauté du Point-Cœur nous a permis de suivre les apostolats : repas aux sans-abris, visites auprès de personnes âgées, présence auprès des victimes du tremblement de terre et du tsunami. À ces différentes occasions, nous avons pu mesurer combien la maîtrise de la langue est essentielle pour pouvoir échanger, raconter des évènements, blaguer, et au détour d’une discussion, partager sur l’essentiel du sens de la vie. Les volontaires Points-Cœur ne sont pas d’abord présents au titre d’un savoir-faire technique mais avant tout pour leur qualité d’écoute et de bienveillance. Et c’est bien ce que nous avons retrouvé au cours des rencontres.

De retour en France, il nous reste beaucoup de moments forts en mémoire. Parmi eux, nous nous rappelons particulièrement ce repas pris avec les habitants des kasetsu (personnes relogées provisoirement suite au tsunami). Avec simplicité, délicatesse et une grande pudeur, ils nous ont permis d’entrevoir le traumatisme encore bien présent de la vague qui a tout emporté : leur famille, leurs voisins, leur univers, leur travail… Et aussi la culpabilité de faire partie des vivants… Ils nous ont rapporté combien la présence des volontaires étrangers venant donner quelques mois pour eux les avait d’abord étonnés, et les aide aujourd’hui à donner du sens à leur quotidien. C’est une grande leçon d’humanité que nous avons reçue.

Merci à tous ceux qui s’engagent et qui témoignent très concrètement de leur attachement à la personne humaine.