À Santiago, nous habitons une maison comme on en voit beaucoup au Chili : entre la cabane et le chalet ; maison de bois aux structures simples. Les plafonds sont à peine assez grands pour y tenir debout : d’abord parce que le Chilien est petit (!), mais surtout parce que la terre est secouée régulièrement par le glissement de la plaque continentale pacifique sous celle de l’Amérique Latine. La Cordillère des Andes continue de grandir et je la vois depuis ma fenêtre, barrière infranchissable perpétuellement couverte de neige, qui s’allonge sur toute la longueur du pays. De l’autre côté, jamais bien loin, il y a l’immensité du Pacifique. Je le découvre en allant à Valparaiso où nous avons un Point-Cœur.

C’était encore au cours de la despedida de père Denis qui en était le « visiteur » (le responsable). Il ne cesse de me vanter la beauté de sa ville. Je dois l’avouer, elle est belle Valparaiso, elle ressemble à Naples. Elles ont la même configuration géographique : située sur une baie, entourée de collines sur lesquelles sont posées des milliers de petites maisons de toutes les couleurs. Le Point-Cœur est niché sur l’une de ces collines au sud de la ville dans un quartier qui se nomme « Porvenir Bajo ». Ça ne fait pas deux minutes que je suis dans le Point-Cœur et père Denis me demande de raconter un conte aux quelques amis qui sont là ! Je n’en connais qu’un, c’est l’histoire de Kirikou ! Hortence m’apporte alors le petit livre de Kirikou et je raconte l’histoire dans un castellano (espagnol latino) plus qu’hésitant tout en montrant les beaux dessins de Michel Ocelot. En toile de fond, j’ai le visage de Matthias qui joua Kirikou l’an dernier, de Mounas qui fut Karaba, Mam Boye, la Maman, d’Olivier le fétiche…! Les quelques amis, devant moi, écoutent attentivement, visiblement intéressés. Il y a Bernardita et Eduardo et leur toute petite fille Conie, Vladimir, Don Tito…

Ce qui me frappe c’est la grande pauvreté de la plupart de nos amis. Leurs petites maisons sont souvent encombrées de montagnes de choses poussiéreuses, d’un autre âge… l’odeur parfois accompagne ce désordre. Les gens ne sont pas soignés comme au Sénégal ou en Inde ; on sent une lassitude, une souffrance ; les ravages de la drogue ne sont pas loin, touchent presque chaque famille ; la précarité des familles, des couples éphémères ou qui se font la guerre… Mais, comme toujours, le visage rieur et poupon des enfants aux cheveux noirs et à la peau abricot donne un éclat d’espérance à ce décor lugubre. Je suis frappé aussi par la grande gentillesse des gens et par la place qu’a le Point-Cœur dans leur cœur, que ce soit à Valparaiso comme à Santiago. Cette chaleur latino remplie d’affection donne envie d’y revenir !

P. Thibault