Un dimanche midi, sœur Marie, supérieure d’une des deux communautés des Sœurs de Mère Teresa d’Athènes appelle à la maison : elle organise le même jour une adoration, et elle a besoin de nous. Ayant de la visite à la maison, je me propose de m’y rendre seul. En arrivant dans la chapelle, je m’installe. Là aussi, un synthétiseur fait office d’orgue. Je répète un peu en attendant l’arrivée de ces personnes. La technique des sœurs est simple pour les inviter à l’adoration : elles vont à leur rencontre dans la rue — la plupart n’ayant pas de toit — et leur demande tout simplement : « Qui veut voir et prier Jésus avec nous ? ». Ce dimanche là, une quinzaine de personnes sont motivées. La voiture des sœurs étant trop petite, il faut donc faire deux trajets. Sœur Marie demande donc aux premiers arrivés de patienter dans l’église, et me fait signe de jouer. Je me retrouve donc seul avec eux. Je vous avoue cette fois-là, j’étais un peu effrayé, j’avais peur de croiser leurs regards, leur misère est tellement grande, que vous ne savez comment vous comporter… Je me mis donc à jouer comme me l’avait demandé sœur Marie. Certains, trouvant le temps long, sont tentés de sortir, mais un leur dit : « Non, il faut rester ! Il joue de la musique pour nous ! » Voilà qui me réconforte ! Quand tout le monde est là, le père Martin (prêtre anglais résidant à Athènes) commence à expliquer comment nous devons faire pour bien prier durant l’adoration. Chacun écoute en silence. Il insiste sur le fait qu’il est important de prier avec son cœur, et certains, comme des enfants approuvent : « Oui, avec le cœur ! ». Puis quelques-uns ont des questions, et comme à l’école, ils lèvent le doigt avant de questionner le Père, celui-ci leur répond patiemment. Quand vient le moment de l’adoration, père Martin les invite au silence, et tous se taisent, bientôt nous n’entendons plus que le bruit de la chaudière… qui se tait à son tour. A la fin, le Père leur propose de réciter un Notre Père, tous le connaissent, du moins un peu.

Puis, vous le savez, en vivant dans la rue, ils n’ont pas tous les jours à manger, du coup les sœurs leur proposent un bon repas. Pendant qu’ils sortent de la chapelle, je joue en attendant que tous soient sortis, mais en tournant la tête, j’en aperçois un au fond, qui me semble assoupi : je stoppe donc la musique, mais celui-ci relève la tête et me dit : « Joue encore, cela me permet d’enlever tous les soucis de ma tête ! » Du coup, je joue encore. Cinq minutes après, il s’approche de moi, je m’arrête, et tous ses soucis, il me les confie… Cet homme s’appelait Michaël, il m’a fait promettre de revenir la fois d’après.

Irénée — Grèce