« Que personne ne méprise ta jeunesse ; mais sois un modèle pour les croyants par tes paroles, ta conduite, ton amour, ton esprit, ta foi, ta pureté. » Une amie française m’a transmise cette parole de Timothée (1,4-12) au début de ma mission. Cela m’avait beaucoup touchée car cette simple phrase exprime une conduite de vie que j’ai adoptée depuis longtemps, et dont ma mission actuelle est empreinte. En effet, j’ai toujours été la « petite dernière », que ce soit en famille, entre amis, et maintenant en communauté. Cette place a gravé en moi des habitudes qui me permettent d’atteindre les gens plus librement. Qu’y a-t-il de mieux qu’une bonne boule de neige dans la tête pour commencer une amitié (fait avéré) ? La simplicité des mots et des gestes, l’émerveillement pour les petites choses insignifiantes, me permettent d’approcher les gens « incognito ». Ma jeunesse, je m’en sers aujourd’hui comme une force qui détourne les murs sociétaux. Ainsi, contre toute attente et malgré mes barbarismes, j’ai pu nouer ces trois derniers mois de très belles amitiés.

Je me souviens de Chie [tchié] qui répète à qui veut l’entendre qu’elle est ma « maman japonaise ». Comme elle habite loin, nous ne nous voyons pas si souvent mais il ne se passe pas une semaine sans qu’elle me demande des nouvelles par mail, s’inquiétant de ma santé. Lorsqu’elle vient à la maison, elle nous apprend quelques plats japonais. La vie qu’elle mène aujourd’hui dans sa petite boutique aux saveurs françaises est plutôt difficile. Les clients se font rares dans les villes touchées par le tsunami… Pourtant, malgré ses obligations, elle a réussi à trouver un court moment pour passer Noël avec nous. Il faut savoir qu’au Japon, Noël se fête entre amis tandis que le Nouvel An, plus important, est célébré en famille. Beaucoup donc sont ceux qui passent le 24 et 25 décembre seuls ou dans un bar. Ainsi nous avons pu accueillir chez nous, en ce jour de Noël, Mariko et les Sato, un couple de Japonais très proche de notre petite communauté. Ils ont été baptisés il y a un an, et leur parrain et leur marraine ne sont nul autre que Bernard et Sylvie. Notre Visiteur était également parmi nous durant les fêtes : Père Paul ! En effet, toutes les maisons Points-Cœur ont un visiteur, c’est-à-dire un membre de la communauté qui vit dans un autre pays. Il doit visiter tous les six mois le Point-Cœur dont il a la charge. Père Paul, lui, vit à New York et se rend au Japon deux fois par an pour voir le bon fonctionnement de notre communauté et prendre les décisions importantes. Il est resté deux semaines avec nous et j’ai pu rapidement faire sa connaissance. Nous avons passé de très bons moments tous les six, notamment lors de notre retraite (temps donné pour la foi et les enseignements religieux) au monastère des Trappistines à Shirakawa, au sud de Sendai. Imaginez la campagne blanche, immaculée de neige, avec un silence religieux ponctué par le bruit des animaux, de la neige qui tombe sur le toit et des bourrasques de vent, du clapotis des carpes rouges dans l’étang et, surtout, le chant fluide et serein des prières.

 Lucie — Japon