La veille de mon départ pour la Bretagne, je reçois un coup de téléphone. À l’autre bout du fil, une dame m’explique que sa maman, Yolande, est internée à l’hôpital psychiatrique de Villejuif. Ayant eu mon numéro par je ne sais quel biais, elle me demande si je peux lui rendre visite. Je n’ai jamais mis les pieds dans l’hôpital et j’imagine que c’est un lieu de grande souffrance. Mes sœurs de communauté y sont déjà allées et par leurs échos, j’ai compris qu’en ce lieu se vivait une grande détresse. Quelques jours après, nous nous décidons à rendre visite à Yolande. Nous entrons dans une unité, et sans trop savoir à quoi elle ressemble, je demande aux personnes face à moi : « Yolande C. est-elle là ? ». À ma question, une dame devant son Scrabble sursaute, se lève sans ciller, et nous rejoint : « C’est moi ! Venez par là, nous serons plus tranquilles ». Je suis étonnée, c’est comme si elle nous attendait depuis toujours. D’ailleurs, Yolande semble se méprendre car elle est persuadée me connaître. Elle me confond avec une ancienne volontaire du Point-Cœur. De fait, elle avait déjà été visitée par la communauté l’an dernier, lors de son premier séjour à l’hôpital. « Ah, les Points-Cœur, vous êtes mon rayon de soleil ! », nous dit-elle. J’ai l’impression de la connaître depuis toujours alors que je la vois pour la première fois. Autour de nous, la vie continue. Une dame attend devant le téléphone, espérant une sonnerie qui viendra quinze minutes plus tard. D’autres personnes déambulent. Yolande nous parle de sa vie, de son mari qui l’a quittée il y a des années pour un homme, de ses deux filles qui sont loin, de la solitude qu’elle n’a jamais supportée ; c’est d’ailleurs celle-ci qui la fera sombrer dans la dépression. Yolande n’est pas malade, elle est seule. C’est cette solitude qui lui fait chercher sans cesse une compagnie. Je suis particulièrement émue quand elle nous dit : « Vous savez, ma mutuelle me permet de venir un mois par an à l’hôpital psychiatrique. Pour moi, c’est un vrai repos ». Yolande y est restée finalement deux mois et elle est maintenant rentrée chez elle. La dernière fois que je l’ai eue au bout du fil, elle me disait : « L’hôpital me manque beaucoup. Là-bas au moins, j’avais des personnes à qui parler. »

Anaïs — Villejuif