S’il vous arrive, un jour, de vous balader dans ce charmant quartier de la Coroa da lagoa, vous ne manquerez pas de croiser, ou de remarquer, une petite dame maigrelette qui porte un bob à fleurs sur la tête, et marche avec sa canne d’un bon pas, mais s’arrête à tous les coins de rue pour saluer l’un ou l’autre, prendre des nouvelles de toute sa famille, et donner un mot de réconfort. Vous l’avez surement deviné, il s’agit de Dona Nininha ! Quatre-vingt-huit ans, debout sur ses jambes douloureuses, notre grande dame ne s’arrête jamais. Dans sa maison à trois chambres, entourée d’un jardin où poussent des dizaines d’arbres aux mille vertus, elle s’occupe de sa sœur malade et de sa fille de quarante-sept ans handicapée, neuvième d’une fratrie de onze enfants. Le sourire accroché aux oreilles, elle monte et descend les rues vallonnées de la Coroa, visitant l’un, amenant l’autre à l’hôpital, accueillant le fils de sa voisine dans le besoin… Elle souffre depuis quelques mois de douleurs terribles dans les jambes, mais sa foi et sa bonté sont plus fortes, et elle continue de porter le Christ partout où elle va. En sortant d’une visite chez elle avec mon frère Joseph, venu me voir début février et qui ne comprenait pas la moitié de ce qu’elle disait, celui-ci me dit : « Cette femme a Dieu dans sa maison ! ». Toutes les nuits, elle se réveille à 3h du matin pour prier le chapelet à Nossa Senhora Aparecida, la patronne du Brésil. Lorsque nous lui conseillons de rester un peu tranquille chez elle, pour se reposer et ménager ses pauvres jambes, elle répond : « Je peux encore marcher et ce qui me fait vivre, c’est d’aller voir les gens, alors je continue ! » A chaque fois que je croisais Dona Nininha, une joie immense m’habitait. Elle est l’exemple incarné du don total de soi aux autres qui est le fruit d’une union intime avec le Christ.

Hortense — Brésil