Vladimir est l’un des amis essentiels de notre quartier. Il connaît le Point-Cœur depuis la première communauté de 2007. J’aime lui dire qu’il est pour nous la mémoire de la communauté. Il nous parle des anciens volontaires, il connaît aussi bien que nous le charisme de Points-Cœur et sait nous le rappeler lorsque nous dévions de notre voie. Son chemin est un bel enseignement de ce que Points-Cœur peut offrir. Je ne crains pas de vous parler de ce qu’il a vécu car lui-même en témoigne chaque fois qu’il rencontre chez nous quelqu’un qui découvre ce que nous vivons. Voici ce qu’il nous raconte.

Vladimir était un homme très différent de ce qu’il est aujourd’hui. Il a connu la déchéance. D’un homme marié avec deux enfants et un travail d’électricien, il est passé à la consommation et le trafic de drogue. Puis peu à peu, il a tout perdu. Lorsqu’il a rencontré les premiers missionnaires de Points-Cœur, il vivait dans la rue, ne mangeait pas et il ne consommait que de la drogue (la drogue peu à peu empêche de s’alimenter normalement, l’estomac en vient à rejeter tout aliment), il ne pesait que quarante-cinq kilos… Son récit retrace une vraie descente aux enfers. Ajoutez à cela qu’il vit dans un quartier où tous se connaissent, devant affronter toujours le regard de ceux qui savent tout de son histoire. Il me semble que dans les premier temps, il venait au Point-Cœur seulement pour demander des choses matérielles, et pour discuter. Il était toujours reçu avec beaucoup de bienveillance malgré sa situation, alors qu’à cette époque tout le monde ne voyait en lui que le toxicomane. Il m’a raconté une anecdote qu’il l’a frappé. Un jour des amis de Viña del Mar (commune fortunée de Valparaiso) sont venus dîner. C’était une famille relativement aisée. En les voyant arriver dans la maison, instinctivement, il s’est levé pour partir. Ce fut pour lui un choc. Se voir à leurs côtés, eux, une famille respectable, saine, lui renvoyait sa propre situation. Au lieu de le laisser partir, les volontaires de l’époque l’ont invité à rester et à partager le même repas. Ce geste lui a fait retrouver le sens de sa propre dignité. Cette situation n’est qu’un événement d’une longue série. Le regard qu’il a reçu dans cette maison lui a permis de se redresser, de retrouver le goût de sa propre existence. Matériellement, ils ne lui ont rien donné de concret, mais ce regard de miséricorde est ce dont il avait vraiment besoin.

Aujourd’hui, Vladimir a fait du chemin. Il s’investit dans plusieurs associations, dans un parti politique, dans la gestion du quartier, il tente de reconstruire sa vie de famille. Malgré cela, il n’est pas sorti tout à fait de la drogue. Il lui arrive souvent de retomber, d’être tenté. Chaque paie qu’il reçoit de son travail est une nouvelle tentation. Nous le voyons toujours beaucoup, et lui donnons toujours ce même regard quoiqu’il arrive, qui soit sur la bonne pente ou qu’il ait rechuté. Voilà ce que m’enseigne cette amitié sur notre mission. Un homme a en effet avant toute chose besoin d’un regard aimant, d’une présence qui accueille sans juger, de quelqu’un offrant un regard miséricordieux. Un homme qui a tout perdu, même sa propre fierté, a besoin d’un regard lui permettant de voir sa propre dignité. Cette rencontre m’a fait comprendre cette phrase que l’on m’a dite lors de ma formation : « Aimer, c’est révéler à l’autre qu’il est beau ». Ou bien cette autre : « Aimer, c’est se passionner pour le destin de l’autre. »

Louis — Chili