Combien de fois depuis que je suis arrivée, je tends l’oreille à des femmes qui me content la grande souffrance qu’elles vivent au sein de leur couple. Notre quartier est truffé d’hommes qui ont peu d’égard pour la femme qu’ils ont choisie et sans doute un jour aimée. Souvent due à l’abus d’alcool, la violence conjugale est bien trop fréquente. En Equateur (grâce à Dieu, je n’ai pas encore été témoin de cela dans notre quartier) les meurtres conjugaux ne sont pas rares. Ainsi mon cœur bien souvent se remplit de larmes pour ces amies qui sont maltraitées, physiquement ou psychologiquement, qui ne sont ni libres ni heureuses, qui supportent l’insupportable pour leurs enfants, n’ayant souvent pas de solutions pour les faire vivre sans l’appui économique du papa. Ceci dit, alors que j’étais dans une famille bien proche de nous, où je sais combien la relation matrimoniale est douloureuse, nous étions à table avec tout le reste de la famille quand le père de famille passe la porte de la maison. Le silence se fait autour de la table et le papa, voyant que nous sommes là, nous salue. Nous le saluons également. Mais je m’aperçois que tous les enfants ont plongé la tête dans leur assiette de soupe et personne ne le salue. Malgré mon invitation à se joindre à nous, il va directement dans sa chambre et y restera jusqu’à ce que nous partions. Mais je reste saisie par son visage, fermé, triste, solitaire. Je réalise que chaque fois que je l’ai vu, ce fut de la même manière, un peu fuyant, parlant à peine, ou ivre et honteux, ou sobre et fermé. Tout à coup, mon cœur est transpercé par la réalité de cet homme. Quelle solitude au sein même de sa propre famille ! Quel manque de vie ! Et avec lui, je pense à tous les hommes de notre quartier qui ne sont que des ombres pour nous, que nous n’apercevons que de temps en temps, rapidement. Ne sont-ils pas encore plus pauvres que les femmes qui les supportent ? Nous les connaissons pour leurs méfaits, mais nous ne les connaissons pas. La plupart d’entre eux travaillent chaque jour et reviennent ou passent par la maison pour donner un peu d’argent à leur femme et aux enfants, et souvent, leur vie familiale s’arrête là. Le reste de leur vie se résume à quelques vices. A quoi ressemble la vie d’un homme étranger dans sa propre maison ? A quoi ressemble la vie de quelqu’un qui n’a pour toute relation avec sa femme que des ordres et des cris ? A quoi ressemble la vie d’un homme qui trompe sa femme et lui ment ? A quoi ressemble la vie d’un homme qui pour toute relation avec ses enfants entend : « Papa, donne moi de l’argent » ? Quelle vie de pauvre ! Je confie donc à votre prière ces couples, nombreux dans notre quartier, ces femmes qui souffrent en silence, et ces hommes dont la vie est réduite à quelques lambeaux d’humanité…

Laetitia — Equateur