Le jeudi, après la liturgie de la Cène, avec toute notre paroisse, nous avons participé à une procession en silence, qui retraçait l’arrestation et la condamnation à mort de Jésus. Sur une plateforme immense était installée la figure du Christ, avec les yeux voilés et les mains enchaînées. Les participants de la procession gardaient le silence. Nous écoutions seulement le son rythmique du tambour et de la chaîne qui frappait le béton. En méditant sur la condamnation injuste du Christ, je me suis rappelée l’histoire de Don Efraim et Dona Alma qui a vraiment habité mon cœur ces deux derniers mois.

Dona Alma est comme ma maman d’ici. Don Efraim, son mari, est avocat. Ils possèdent une très belle maison proche du Point-Cœur. Depuis le début de l’existence du Point-Cœur au Honduras, tous les deux sont très proches de nous. Quand j’étais malade, Dona Alma m’a invitée chez elle, et, avec beaucoup d’amour, me préparait la soupe. Il y a trois mois, Don Efraim s’est fait emprisonner à cause d’une fausse signature qui aurait témoigné de sa participation à une fraude gouvernementale. Il semble que son innocence soit évidente car Don Efraim ne travaillait plus pour le gouvernement au moment de la fraude. Malgré cela, la justice au Honduras fonctionne selon cette règle : premièrement on met l’homme en prison, et puis seulement ensuite, on se demande s’il y a une raison pour le faire. En conséquence Don Efraim, un homme paisible et chaleureux de soixante ans, attend déjà depuis trois mois en prison, la résolution de son cas. Cela dépendra de l’argent que Dona Alma pourra verser aux avocats ainsi qu’à ses connaissances.

Le mercredi saint, nous avons accompagné Dona Alma visiter son mari en prison. Pour pouvoir voir son mari, cette petite dame avancée en âge, attend parfois sept heures en plein soleil, tant la file d’attente est longue. Cette expérience est pour elle très difficile, comme elle le dit elle-même. Son mari, toute sa vie, a essayé de la protéger du mal. Je la regardais, je regardais les gardiens désagréables qui travaillaient lentement, je regardais les femmes qui essayaient de gagner quelques places dans la file et les autres qui crient contre celles qui s’immiscent discrètement. Je les regardais et je pensais : ceci est le vrai chemin de croix. Après, quand Dona Alma est sortie de la visite de son mari, j’ai vu ses larmes alors qu’elle s’interrogeait à mes côtés : « Où est le Bon Dieu?  Pourquoi ne peut-on pas percevoir sa présence parmi sa propre famille ? ». Mon cœur s’est déchiré ! Je ne pouvais apporter qu’une seule aide à ma très chère amie, ma maman du Honduras : c’était de prier en silence pour que Dieu lui révèle sa bonté.

Nina — Honduras