Quand on arrive dans un village, on salue tout le monde par respect. Belle tradition qui permet aussi d’échanger quelques mots même si la discussion ne s’éternise pas compte tenu de la barrière de la langue. Comme je vous ai présenté brièvement les ethnies plus haut, je peux maintenant vous dire que ce village est un village sérère. La plupart d’entre eux parle sérère essentiellement. Je commence tout doucement à me débrouiller dans une conversation simple en wolof mais quant au sérère autant vous dire que c’est du chinois pour moi ! Après les présentations faites, je découvre avec des yeux d’enfants les habitations très simples et l’environnement quotidien de ces familles. Je vous avoue avoir été surprise en constatant le très peu de confort dans lequel ils vivent. Moi qui pensais vivre déjà très simplement dans la maison de notre Point-Cœur, je peux vous dire que par rapport au village, je me sens largement favorisée. Cette remarque que je me suis faite sur la découverte des lieux, je l’ai partagée à Thérèse car j’avais besoin d’échanger sur ce que l’on vivait. Thérèse, issue d’un village guinéen, connaît davantage la vie de village et m’a fait remarquer qu’il y avait des villages plus pauvres encore. Quand je suis arrivée au Point-Cœur à Grand Yoff, les habitations de nos amis me paraissaient très sommaires et petites pour le nombre d’habitants. Mais en arrivant au village d’Alphonse, j’ai trouvé tous nos amis du quartier de Grand Yoff chanceux d’avoir l’eau accessible, l’électricité, des douches descentes. C’est fou comme ce genre d’expérience, nous remet en question sur le sens de notre mission, sur notre chance de ne manquer de rien. Cette réflexion est bien le point de vue uniquement subjectif d’une Européenne comme moi qui découvre que dans le monde il y a des modes de vie différents.

Je ne crois pas que la famille d’Alphonse soit malheureuse de vivre comme cela et d’ailleurs je pense avoir perçu une modeste fierté dans leur regard de compter parmi les habitants du village. Ils ont toujours vécu dans ce village et ignorent la vie superficielle européenne alors finalement, je pense que quelque part ce sont eux les chanceux. Leur ténacité dans le travail quotidien me bouscule aussi. En fait pendant ces 24 heures, je n’ai cessé d’être bousculée et ça fait du bien. Pour être toujours fidèle à ma description sur l’ethnie sérère, le papa d’Alphonse cultive essentiellement le mil et quelques légumes, cacahuètes. Il élève aussi des animaux et ces derniers vivent presque collés à leur chambre. Du matin au soir Bernard, le papa d’Alphonse, travaille sous une chaleur écrasante pour faire vivre sa famille. Ils se nourrissent et vivent de cette culture alors il est important que celle-ci soit bien entretenue. Parfois ils vendent aussi du mil au marché. Antoine, l’oncle d’Alphonse ravi de nous recevoir, nous a fait visiter les lieux et présenté tous les travailleurs œuvrant tous pour la vie du village. La famille d’Alphonse était touchée de notre visite et nous a reçues comme des reines : tous les habitants nous apportaient des plats pour nous remercier de notre présence ! On a eu donc six ou sept plats de riz à goûter !! Nous avons passé la matinée à l’ombre d’un baobab sur une natte, à discuter avec les femmes du village et en dégustant l’ataya, le thé sénégalais ! Je me croyais dans un conte africain tellement l’ambiance était pittoresque. Les femmes discutant autour de certaines pilant le mil et d’autres tressant les cheveux de leurs enfants. L’après-midi nous avons joué avec les enfants et profité de la présence de Samuel et d’Effigénie. Ils revenaient avec le sourire de trois kilomètres à pied en plein soleil, de l’école. Puis nous sommes parties en fin d’après-midi, fortes des dernières bénédictions en wolof du papa d’Alphonse. Nous avons repris le chemin de l’école de Samuel et Effigénie pour regagner les transports. Sur ce chemin cette fois, pas de charrette alors nous avons marché et je trouvais ce chemin bien long et fatiguant ! Je demandais à Samuel si c’était difficile pour lui de prendre cette route trois fois par jour et lui de me répondre avec naturel qu’il était scout et habitué à marcher. Cette immersion au cœur du village était un bijou préservé et j’en garde un souvenir inoubliable.

Domitille — Sénégal