Notre premier couple se compose de Juan et Valentina. Juan est gravement handicapé depuis maintenant vingt ans, des suites d’une soirée un peu trop arrosée au cours de laquelle il est tombé d’un échafaudage. Depuis ce jour, il se retrouve tel un véritable légume en fauteuil roulant, les membres complètement atrophiés. Ayant perdu toute indépendance, il ne peut strictement rien faire tout seul… Même son système respiratoire est artificiel. Il faut avouer que ça relève du miracle qu’il s’en soit sorti vivant (bien que dans un sal état). De plus, Juan n’est pas sorti de sa maison depuis le jour de son accident. Il refuse catégoriquement de mettre un pied dehors car il a trop honte que les gens voient son corps aussi abîmé. La première fois que je suis allée chez eux, j’ai été particulièrement frappée par la façon dont sa femme s’occupe de lui. Cette dernière est remarquable, elle est chaque jour à son chevet, à lui donner à manger, le faire boire, le mettre dans son lit, l’aider à se laver, à faire ses besoins, lui appuyer sur son abdomen artificiel toutes les trente secondes pour qu’il puisse tousser (car ses poumons s’encombrent très rapidement). Je le répète Juan ne peut véritablement rien faire tout seul !

Je trouve l’attitude de Valentina admirable : chaque jour toute son énergie et son temps passent dans les soins et l’attention qu’elle doit prodiguer à son mari. Et il faut avouer qu’elle est sincèrement aux petits soins avec lui ! La moindre chose qu’il réclame, elle s’empresse de lui donner. Et ce depuis vingt ans ! Elle non plus ne met quasiment jamais le pied dehors car elle se doit d’être tout le temps présente au cas où Juan a besoin de quelque chose. Cette femme est pour moi une véritable leçon de patience, d’humilité et de dévouement. Et chaque petite chose qu’elle fait pour lui aussi petite et humble soit-elle, elle le fait avec tellement d’amour… et sans jamais se plaindre qui plus est ! Chaque petit geste d’affection qu’elle lui donne (comme lui tenir sa main toute déformée et la caresser pour alléger ses souffrances physiques) me fascine ! Mais en plus de tout ça, elle paraît tellement en paix et tellement sereine ! Je suis vraiment impressionnée. Quand j’essaie de me mettre à sa place, je me dis que je ne sais pas comment je ferais pour avoir une telle patience !

 

Notre deuxième couple se compose de Don Sergio et Señora Olga. Cette dernière est alitée depuis plusieurs mois suite à une chute qui lui valut un grave problème aux hanches et ne peut donc rester qu’en position allongée. Elle est également atteinte d’un Alzheimer assez avancé l’empêchant de s’exprimer de façon normale ; rien de ce qu’elle essaie de dire n’est intelligible. Ce qui se traduit par des chouinements, gémissements constants pour réclamer de l’eau, à manger… Son mari, petit homme boiteux que je qualifierais de pétillant, plein d’énergie et d’humour s’occupe d’elle à l’image de Valentina avec Juan. Il ne sort quasiment pas de chez lui non plus, n’a quasiment aucune visite et passe ses journées entières au chevet de sa femme pour répondre au moindre de ses besoins (sachant qu’elle chouine pour avoir à boire toutes les trente secondes). Tout comme pour Valentina et Juan, j’ai été très marquée par cette rencontre, par cet homme si joyeux, qui paraît aussi tellement en paix avec son quotidien ! Quel courage ! Quelle résilience ! En un mot : quel mérite !

Vous allez me dire qu’ils n’ont pas vraiment d’autre choix que de le faire, qu’ils se sont engagés en se mariant à « porter secours à leur conjoint ». Je vous répondrais que oui ils n’ont pas vraiment le choix, néanmoins ils ont le choix le faire en se plaignant ou de le faire avec beaucoup d’amour. Et c’est cela qui fait toute la différence ! Ces personnes sont de véritables maîtres pour moi, c’est pourquoi je tenais à vous en parler. Je réalise que finalement « aimer son prochain », c’est peut-être simplement savoir aimer du mieux que l’on peut la personne qui se trouve à nos côtés, dans la même maison, à l’image de Valentina et Don Sergio. Je crois que notre prochain commence par notre famille, nos collègues de travail… En un mot, les personnes qui sont présentes chaque jour dans notre vie !

Je voudrais citer également la phrase d’un livre que j’ai lu récemment et qui a une grande résonnance en moi : « Le bonheur, c’est n’est pas de désirer ce que l’on aime mais d’aimer ce que l’on a ». Je trouve que c’est très juste. Finalement, c’est cela qui nous permet d’être en paix : d’aimer notre vie telle qu’elle est, au lieu de toujours chercher à fuir, chercher un ailleurs, chercher à obtenir toujours plus ! Je dois dire que l’attitude de Valentina et de Don Sergio illustre vraiment parfaitement cette phrase pour moi ; elle la rend même très concrète ! Néanmoins comment font-ils pour acquérir une telle attitude d’abandon face à la monotonie de leur quotidien ? C’est réellement la question que je me suis posée en rendant visite à chacun de ces deux couples pour la première fois. En effet, on sent bien chez ces deux personnes que ce n’est pas un sentiment de résignation qui les habite. Au contraire, elles paraissent réellement sereines et en paix avec leur vie telle qu’elle est (et c’est vraiment ça qui m’a marquée justement !) Mais quel est leur secret ?

Hier, nous avons croisé Valentina, qui nous a annoncé que son mari a attrapé un virus aux poumons, que c’est incurable et dégénératif. Nous sommes restés quelques temps à discuter avec elle et elle nous a confié : « Sans la foi, je ne tiendrais pas ! Avant l’accident de Juan, j’étais très éloignée de la religion, aujourd’hui je sais que c’est grâce à Dieu que je tiens le coup chaque jour depuis vingt ans, car c’est lui qui me donne la paix et l’amour. Moi, j’ai toujours été quelqu’un de très tranquille, mais être tranquille et être en paix ce n’est pas pareil ; la paix intérieure, seul Dieu peut nous la donner, on ne peut l’obtenir que par la prière. »

Albane — Chili