J’aimerais vous parler de quelques rencontres faites, depuis mon arrivée, dans un grand hôpital où sont soignées les personnes atteintes de maladies infectieuses. Chaque jeudi après-midi, je retrouve la communauté des volontaires dans l’enceinte de cet hôpital. Après une brève prière commune pour confier nos rencontres, nous nous dirigeons vers le pavillon de pédiatrie. Enfants ou adolescents porteurs du SIDA, viennent régulièrement, avec ou sans famille, pour quelques jours d’analyses et d’ajustement du traitement. Parfois, certains demeurent plusieurs semaines lorsque le traitement n’a pas été bien suivi ou lorsque l’enfant a contracté une infection. Chaque semaine, il nous est donné de retrouver nos amis ou bien de lier de nouvelles amitiés, de reprendre les jeux de la semaine précédente ou d’en inventer de nouveaux. Le premier visage rencontré, pour moi, fut celui de Brenda, petite fille de deux ans, orpheline, accompagnée d’une personne employée par l’Etat pour rester près d’elle durant l’hospitalisation. Lors de notre première rencontre, Brenda était inconsolable car elle souffrait d’une infection pulmonaire et n’acceptait pas le masque à aérosols qu’on lui mettait pour libérer ses petits poumons. Il s’agissait d’être présent, de rassurer, de veiller. La semaine suivante, le traitement ayant été effectif, il était plus difficile de suivre Brenda courant allègrement partout dans cette unique grande salle de pédiatrie (composée de petits boxes) en volant les morceaux de pain destinés aux autres enfants.

Bien souvent, il règne dans ce service, une ambiance très familiale où les mamans présentes, se réunissent pour partager le maté (boisson typique d’Argentine) et les enfants jouent ensemble quand leur permet leur état. Ensuite, notre après-midi se poursuit dans un pavillon voisin. Là, nous attendent dans une salle plus grande, des femmes atteintes de tuberculose (les volontaires garçons visitent la salle des hommes). Elles suivent là un minimum d’un mois de traitement. La plupart étrangères, de Bolivie, du Paraguay ou du Pérou, elles sont venues travailler en Argentine. Les conditions de vie et d’alimentation très précaires, parfois la drogue et l’alcoolisme ont favorisé l’infection. Elles arrivent souvent quand la maladie a déjà, hélas, bien progressé. Bien souvent, quand nous arrivons, elles sont attablées ensemble, car c’est l’heure où le personnel leur sert le thé. Nous nous installons avec elles ou nous passons plus de temps avec l’une d’elle encore alitée. Et là commencent les confidences de l’une, les questions de l’autre, le récit de leur vie de famille…

Lindamar, jeune maman bolivienne de vingt-quatre ans internée il y a quelques mois, et avec qui nous avons beaucoup sympathisée, nous présentait chaque fois les nouvelles arrivées ; à chaque nouvelle visite, nous attendait donc un véritable comité d’accueil. Je suggérais à l’une d’elle, souffrant de ne pouvoir voir ses enfants pendant plus d’un mois (la chose la plus difficile pour presque toutes), de prendre la main de Marie, de lui demander de veiller sur sa famille en priant quelques « Je vous salue Marie » et lui assurant que je le ferai aussi. Une semaine plus tard, j’apportais quelques chapelets et des petits feuillets explicatifs sur cette prière, « au cas où… » Quelle ne fut pas ma surprise de voir que TOUTES en voulaient un, même celles qui m’avaient dit appartenir à l’église évangélique (d’origine protestante) !

Sr Françoise-Thérèse — Argentine