Je voudrais vous partager l’histoire d’une grande amie, qui a été très proche et qui est décédée le 31 Juillet dernier. Je vous avais déjà parlé lors d’une de mes précédentes lettres : yay Samniang.

Elle était véritablement devenue notre grand-mère, et, comme nous la visitions tous les jours, elle était aussi au centre de nos conversations, soucis et prières. Sa dernière année fut douloureuse et elle vivait dans beaucoup d’angoisses. Elle disait souvent qu’elle pensait à la mort. Elle devenait de plus en plus fragile physiquement et son besoin de présence se faisait de plus en plus criant.

Elle criait nos noms jours et nuits, au grand dam de ses voisins. Elle voulait s’assurer que nous pouvions l’entendre, que quelqu’un entendait son cri. Lors d’une visite, je m’affairais à m’occuper d’elle, la nourrissant, la baignant, etc. Puis je m’asseyais quelques minutes et lui demandais si elle se sentait mieux. Elle me répondit : « Maintenant ça va, car tu es là, tu ne bouges plus, tu restes avec moi, et nous sommes amies. »

Son chemin m’a souvent bouleversée. En juin, nous étions parties une semaine en retraite et l’avions alors confiée aux bons soins d’un volontaire d’un autre Point-Cœur, de passage en Thaïlande. Yay Samniang s’est beaucoup attaché à lui, et lui avait donné un beau nom thaï, Somchai. Lorsqu’il est reparti, elle a pleuré son départ. Sa fille lui a reproché de s’attacher ainsi et de nous aimer tant puisque visiblement cela la conduisait à « pleurer toute seule ». Yay m’avait rapporté ces mots. Mais n’est-ce pas ainsi, que lorsqu’on aime beaucoup, parfois cela fait aussi beaucoup pleurer ? Les toutes dernières semaines, elle parlait toujours de son amour pour nous et de notre amour pour elle. Elle répétait cela, c’était devenue la seule chose essentielle.

Les angoisses qui l’envahissaient ne lui laissaient pas beaucoup de repos. Seule la prière du chapelet semblait lui donner un peu de paix. Elle craignait les fantômes et les esprits, aussi nous avions mis une photo de la Madone au dessus d’elle. Lors d’une de mes dernières visites, elle me dit : « Hier, la Sainte Vierge était là ». Je lui demande ce qu’Elle lui a dit. Elle répondit : « Rien, Elle n’a rien dit, nous sommes restées toutes les deux ici, tranquilles. »

Marianne — Thaïlande