Gratuité, apparente inutilité, silence, don de soi dans de toutes petites choses, formation intellectuelle et le tout en prière : le mois de juillet fut peut-être le sommet de cette année de formation, le stage commando de la vie contemplative ! Nous avons rejoint avec Bruno, pour un mois le monastère trappiste (ce simple nom suffisait à m’effrayer !) de Sept-Fons dans l’Allier. Pendant un mois nous avons donc vécu le quotidien de ces quatre-vingt moines, héritiers de nombreuses générations de moines qui suivent depuis des siècles en ce lieu (depuis 1098 pour être précis) la règle monastique de Saint Benoît et vivent de prière, de silence, de recueillement, de travail manuel, de lectio divina… Le lendemain de notre arrivée, je découvre cette invention extraordinaire que sont les matines à 3h25… Je marche silencieusement dans les longs couloirs du monastère pour rejoindre l’église ; un bruit de cloche, insolite au milieu de la nuit, me fait presser le pas, l’office va commencer ; je vois des silhouettes blanches se glisser vers leurs stalles, chacun à sa place, son poste de travail. 3h30 pétante, une lumière s’allume : « Seigneur, ouvre mes lèvres » et la journée des moines est lancée, elle commence par une heure de psalmodie et de lecture, puis un bon temps d’oraison. Moment un peu surréaliste, il est 5h, Paris s’éveille, pendant que quatre-vingt moines à genoux dans l’église intercèdent pour le monde. La journée avance, rythmée par la cloche et les offices (sept fois par jour, nous nous retrouvons tous à l’église), après la messe, le début de la matinée est consacrée à la lectio divina et à l’étude ; la distribution du travail sonne la dispersion, chacun marche, sans lenteur ni précipitation, vers son office : les champs, le verger, la menuiserie, la cuisine… Ora et labora, prière et travail, Saint Benoît résume ainsi la vie des Bénédictins. Vivre au milieu de ces hommes qui offrent leur vie à Dieu dans la prière, le silence et le travail fut pour moi édifiant… Ils sont la preuve que Dieu peut combler une vie (le sourire d’un moine de quatre-vingt ans ou la joie d’un novice de vingt-cinq ans ne trompent pas), que le quotidien qui semble le plus monotone peut être passionnant quand on cherche Dieu, que prier sans cesse (ou presque) est possible, que mettre Dieu au centre de nos vies et de nos journées donne à chaque chose sa juste place et procure une paix joyeuse, que les tâches les plus humbles faites dans la prière ont une grande valeur…

Nous avions tous les jours un entretien de vingt minutes avec un frère du monastère (le reste de la journée est en silence ! les moines communiquent presque exclusivement par un langage des signes bien à eux) pour poser nos questions, découvrir la spiritualité trappiste et se laisser guider dans cette expérience belle et exigeante. Bref, ce fut un mois fondateur, une invitation à continuer sur ce chemin à la suite du Christ et à ancrer davantage encore ma vie dans l’amitié avec le Christ.

Jean — France