En 1998, après avoir travaillé durant quatre ans à La Poste suisse, j’ai ressenti un besoin de changement. Je me sentais attiré par autre chose d’un peu flou encore, mais que je pus bientôt définir. J’ai donc demandé un congé sabbatique d’abord dans le but de voyager, puis après réflexion, je me sentais plutôt intéressé par l’humanitaire. C’est à cette période que des changements sont intervenus dans ma vie, surtout d’un point de vue spirituel. Alors que je préparais cette année sabbatique et que je me posais de nombreuses questions, j’ai rencontré l’association Points-Cœur. Cette association catholique a été fondée en 1990 par un religieux français. Elle a pour but d’envoyer des jeunes à l’étranger, dans des bidonvilles, afin de vivre une année au service des enfants et des familles rejetés et défavorisés. Cette association me permettait de vivre concrètement un idéal de vie que j’avais souvent rêvé.

En 1999, je partis donc pour une année en Amérique centrale, au El Salvador avec l’association Points-Cœur. Cette expérience me permit de vérifier que mon idéal de respect de la vie, de solidarité et de partage dans un climat de tendresse et d’amour, était vivable et non utopique. J’ai en effet pu le vivre au quotidien de mon séjour là-bas. Dans ces quartiers extrêmement pauvres, j’ai réalisé avec force la puissance du simple amour, le réconfort d’un geste de tendresse et les bienfaits d’un peu d’affection. Ces gens, d’une grande pauvreté matérielle, m’ont rempli de tant d’espérance, ils m’ont appris le sens de l’accueil et la chaleur humaine, la spontanéité et la joie de vivre. Ils m’ont appris la valeur de la solidarité entre chacun et la confiance dans le lendemain. Mais au El Salvador, j’ai aussi été confronté à la souffrance, à la misère, à la violence, à la délinquance … et à tout le désœuvrement qu’engendrent ces situations de pauvreté. J’ai rencontré les contrastes révoltants entre richesse et pauvreté.

La valeur de mes rencontres me confortait dans l’idée de haute dignité de l’homme. L’approfondissement de ma vie spirituelle (par des rencontres avec des religieux, une vie de prière et de nombreuses lectures) m’apprenait que l’être humain a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et qu’il est appelé à l’amour (c’est-à-dire, à aimer et à être aimé). J’ai aussi appris que chacun possède en lui cette mystérieuse Présence qui en la découvrant nous mène au bonheur.

Dès mon retour et malgré la reprise de mon travail à La Poste, j’ai cherché les moyens de vivre ma vie, ici en Suisse, au plus proche de cette vie vraie et authentique que j’avais touchée du doigt durant une année au près des « pauvres ». J’avais alors soif d’approfondir les découvertes effectuées dans ma vie spirituelle. Je sentais que pour me réaliser pleinement, que pour être pleinement moi-même, je devais aller dans cette direction. Je ne me sentais plus très honnête avec moi-même en travaillant dans ce bureau de La Poste. Je manquais de contact humain et le sens de mon travail me paraissait quelque peu superficiel après la réalité que je venais de quitter.

Attiré par une vie religieuse ou pour le moins un désir profond de me mettre au service des nécessiteux, j’ai rencontré alors différents prêtres et quelques communautés religieuses. En février 2001, j’ai quitté La Poste et je me suis orienté vers les chanoines du Grand-Saint-Bernard, où j’ai vécu 3 mois en leur compagnie, suivant leur rythme de vie et de prière. J’ai eu alors la confirmation que je souhaitais fortement vivre au près des malades et des souffrants de toutes sortes de notre société, mais pas forcément comme religieux. J’ai alors effectué des stages en hôpital et dans des homes de personnes âgées et je m’y suis vraiment senti à mon aise.

Je me suis donc inscrit à une école de soins infirmiers. Ça fait actuellement 12 ans que je suis diplômé et depuis 10 ans je travaille comme infirmier dans une unité de soins palliatifs. Au quotidien, je rencontre des personnes en souffrance, souvent démunies face à leur fin de vie.

La très riche expérience humaine et spirituelle d’une année (en 1999) vécue avec l’association Points-cœur, m’a donné des bases solides, des racines profondes et encore aujourd’hui, bien souvent je peux m’y référer dans de nombreuses situations de vie. La vie de communauté m’a enseigné la patience, le dialogue, le pardon. La vie de prière, que j’ai découverte avec Points-Cœur, renforce ma foi, mon espérance, ma confiance. La vie avec les gens du quartier m’a appris la force et le grand soutien que peut apporter une présence gratuite, aimante, fidèle.

Je vis actuellement en Suisse, j’ai 46 ans, je suis marié et père de deux filles.

F.B.

Fully, le 7 mai 2016